On la retrouve partout : dans notre pâte à tartiner préférée, nos biscuits, nos chips, notre dentifrice et même notre shampoing. L’huile de palme a mauvaise réputation. On l’accuse en effet de déforestation massive, de destruction d’habitats naturels et d’être mauvaise pour la santé. Pourtant, elle reste l’huile végétale la plus utilisée au monde. Pourquoi les industriels continuent-ils d’y recourir massivement ?
La rentabilité imbattable de l’huile de palme, évidemment !
Un champion du rendement
La première raison est économique. Le palmier à huile bat tous les records de productivité à l’hectare. En moyenne, une plantation produit 3 tonnes d’huile par hectare. C’est quatre à six fois plus que le colza, le tournesol ou le soja. Pour obtenir la même quantité d’huile avec d’autres cultures, il faudrait donc bien plus de terres.
L’huile de palme reste donc bon marché pour les industriels. Et dans une industrie agroalimentaire où les marges comptent, cette différence de prix fait pencher la balance.
Les propriétés techniques exceptionnelles de l’huile de palme
Une huile qui facilite la production
Au-delà du prix, l’huile de palme possède des qualités physico-chimiques qui la rendent presque irremplaçable pour certains usages. D’abord, elle est stable à haute température, ce qui la rend parfaite pour les fritures. Ensuite, elle ne rancit pas, ce qui prolonge considérablement la durée de conservation des produits.
Sa texture semi-solide à température ambiante lui permet de remplacer le beurre ou la margarine dans les pâtisseries industrielles. Elle apporte de l’onctuosité ici, du croquant là, sans altérer le goût des aliments puisqu’elle est neutre. Et puis, elle se transporte facilement partout dans le monde.
Un substitut aux graisses hydrogénées
L’huile de palme a connu son essor en Europe en 2001, quand les graisses partiellement hydrogénées (présentes dans les margarines et produits industriels) ont été discréditées pour leurs effets néfastes sur la santé. L’huile de palme est alors apparue comme une solution de remplacement. Elle contient certes des acides gras saturés, mais pas d’acides gras trans comme les graisses hydrogénées.
L’impact environnemental et sanitaire lourd de l’huile de palme
La face cachée de la rentabilité
Évidemment, cette rentabilité a un coût. Les plantations de palmiers à huile sont responsables d’une déforestation massive, notamment en Indonésie et Malaisie qui produisent 85% de l’huile mondiale. Entre 1990 et 2015, le palmier à huile aurait causé 15% de la déforestation totale en Indonésie et 40% en Malaisie.
Cette destruction des forêts tropicales menace la biodiversité, met en danger des espèces comme les orangs-outans et contribue aux émissions de gaz à effet de serre. Sans parler des conditions de travail souvent difficiles dans les plantations.
Et pour la santé ?
Sur le plan sanitaire, l’huile de palme contient beaucoup d’acides gras saturés qui, consommés en excès, augmentent le risque de maladies cardiovasculaires. Mais la réalité est nuancée : l’huile de palme vierge, rouge et riche en vitamines, ressemble nutritionnellement à l’huile d’olive. Le problème vient surtout de l’huile de palme raffinée utilisée dans l’industrie, qui perd ses nutriments et génère des composés potentiellement toxiques lors du raffinage.
Boycotter ou certifier ?
Beaucoup appellent à son boycott. Mais remplacer cette huile par du colza, du tournesol ou du soja nécessiterait bien plus de terres cultivées pour produire la même quantité. Ce qui risquerait de déplacer le problème plutôt que de le résoudre.
C’est pourquoi des certifications comme la RSPO (Table ronde sur l’huile de palme durable) tentent d’encourager une production plus responsable. Mais ces labels font l’objet de critiques : audits superficiels, sanctions trop rares, niveaux de certification variables qui empêchent les consommateurs de s’y retrouver.
Alors, pourquoi elle persiste ?
Au final, l’huile de palme reste omniprésente pour des raisons purement pratiques et économiques. Elle est rentable, polyvalente, facile à utiliser et à transporter. Pour l’industrie, c’est l’ingrédient idéal, quitte à fermer les yeux sur ses impacts environnementaux et sanitaires. Au fond, la question n’est peut-être pas pourquoi elle est encore utilisée, mais quand les industriels accepteront d’assumer le coût réel de cette rentabilité.